Association entre le snapping scapula, l'hyperlaxité congénitale et l'hyperlaxité de l'épaule une étude de cas

Christophe Polliena, François Luthib, Michel Konzelmannb

Le snapping scapula est un trouble peu fréquent de l'épaule caractérisé par une crépitation palpable et audible, parfois mais pas toujours associée à une douleur lors des mouvements de l'omoplate. Les étiologies sont généralement décrites comme des anomalies musculaires, osseuses ou des tissus mous entre l'omoplate et le thorax. Nous présentons trois cas de snapping scapula associés à une hyperlaxité congénitale, telle que définie par le score de Beighton et l'hyperlaxité de l'épaule.

Introduction

Boinet a décrit le syndrome de snapping scapula pour la première fois en 18671. Il s'agit d'une affection peu courante de l'épaule caractérisée par une crépitation palpable et audible, parfois mais pas toujours associée à une douleur lors des mouvements de l'omoplate. L'éventail des symptômes est large, allant d'un simple cas d'inconfort à une douleur sévère, et le diagnostic repose sur les résultats cliniques, en particulier la palpation. Les étiologies semblent être principalement un empiètement mécanique entre la cage thoracique et l'omoplate dû à des anomalies musculaires, osseuses ou des tissus mous2, 3 (Voir table 1). Néanmoins, lorsque les examens sont négatifs, le snapping scapula reste idiopathique. À notre connaissance, l'association entre l'hyperlaxité congénitale, l'hyperlaxité de l'épaule et le snapping scapula n'a jamais été décrite auparavant. Nous présentons trois cas qui suggèrent une telle relation.

Case report 1:

Une apprentie cuisinière de 18 ans présente depuis un an une crépitation accompagnée de douleurs au niveau de la face angulaire et médiale de l'omoplate droite. Cela se produisait lorsqu'elle utilisait son épaule pour des activités nécessitant une force au-dessus de la tête. Elle pouvait travailler normalement. Lorsqu'on lui a demandé, elle a été capable de reproduire la crépitation.

Résultats cliniques : des claquements et des craquements étaient clairs lors du mouvement de l'épaule. La palpation de la face médiale et le long de l'épine de la scapula semblait douloureuse. Nous avons noté une rotation latérale passive de l'épaule supérieure à 85° et un score de Beighton de 9/9.

Investigations : Le scanner, l'IRM, l'échographie et l'électromyogramme étaient normaux.

Le diagnostic de snapping scapula associé à une hyperlaxité congénitale et une hyperlaxité de l'épaule a été posé. Un long traitement de rééducation a été effectué mais aucune amélioration n'a été observée après un suivi de 12 mois.

 

Case report 2:

Un homme de 32 ans, serveur dans un restaurant, ressentait une gêne dans son épaule gauche depuis une dizaine d'années. Il ressentait une douleur et une crépitation lorsque son bras gauche était au-dessus de sa tête et la nuit lorsqu'il déplaçait sa main gauche derrière sa tête. La crépitation était rarement présente du côté droit et lorsqu'elle apparaissait, il ne ressentait aucune douleur.

Résultats cliniques : nous avons remarqué une douleur et un claquement à la face supérieure et médiale de l'omoplate gauche lors des mouvements. La rotation latérale passive de l'épaule était supérieure à 85° et le score de Beighton était de 8/9.

Investigations : Le scanner, l'IRM et l'électromyogramme étaient normaux.

Nous avons diagnostiqué un snapping scapula associé à une hyperlaxité congénitale et une hyperlaxité de l'épaule. Après 6 mois d'un traitement de rééducation intensif, les symptômes se sont légèrement améliorés.

 

Case report 3:

Un chauffeur routier de 45 ans se plaignait depuis 25 ans de bruits et de crépitations de l'épaule droite. Ce problème est apparu après une luxation de cette épaule sans récidive. Les symptômes ne l'empêchaient pas de travailler.

Résultats cliniques : la mobilisation passive a produit une douleur et une crépitation de l'omoplate droite contre ses côtes. La rotation latérale passive de l'épaule était supérieure à 90° et le score de Beighton était de 9/9.

Investigation : L'IRM n'a montré aucune anomalie entre l'omoplate et les côtes malgré un traumatisme antérieur.

Le diagnostic a été posé d'un claquage de l'omoplate associé à une hyperlaxité congénitale et à une hyperlaxité de l'épaule. Après 16 mois sans traitement, le patient avait toujours des crépitations mais la douleur avait disparu.

 

Discussion

Nos trois patients présentaient des signes cliniques de snapping scapula avec crépitation, claquement et/ou douleur. Parallèlement, une rotation externe passive de l'épaule supérieure à 85° était retrouvée. Nous avons suspecté une hyperlaxité congénitale qui a été confirmée par un score de Beighton supérieur à 7/9. Aucun résultat clinique pour le syndrome d'Ehler Danlos ou de Marfan4, 5 n'était présent chez tous les patients.

La prévalence de l'hyperlaxité congénitale ou de la laxité articulaire généralisée est estimée entre 4 et 15 % de la population générale.5, 6. Il ne s'agit pas d'un état pathologique associé à une maladie systémique, mais certaines articulations présentent simplement une amplitude de mouvement accrue par rapport à la population générale. Le diagnostic est basé sur le score de Beighton.4, 5 qui est une échelle clinique très facile à réaliser (Voir table 2). Elle définit l'hyperlaxité lorsqu'elle est supérieure à 4 sur une échelle de 9 points5. Par ailleurs, l'hyperlaxité antérieure de l'épaule, qui ne figure pas dans les critères de Beighton, est définie comme une rotation externe passive de l'épaule supérieure à 85°5, 6, 7.

L'imagerie doit être réalisée pour trouver une étiologie de snapping scapula. Les radiographies standard et le scanner (cas 1 et 2) permettent d'exclure les anomalies morphologiques des os. Un seul patient (cas 3) avait déjà subi une luxation gléno-humérale mais, compte tenu de son histoire personnelle, des résultats cliniques et des examens, nous considérons qu'il n'y a pas de relation avec le snapping scapula. Pour chaque cas, l'IRM a montré une morphologie normale des tissus mous et l'électromyogramme (cas 1 et 2) a exclu une lésion nerveuse.
 

Sur la base des résultats cliniques et des investigations, nous supposons que le snapping scapula pourrait être associé à une hyperlaxité congénitale et à une hyperlaxité de l'épaule. Cependant, le mécanisme n'est pas clair. La dyskinésie scapulaire a été impliquée chez des patients souffrant de pathologies de l'épaule. Certains auteurs ont rapporté une telle relation avec l'instabilité de l'épaule8. Par analogie, nous retenons l'hypothèse d'une possible perturbation de la cinématique complexe de la scapula en cas d'hyperlaxité. Néanmoins, à notre connaissance, il n'y a pas d'études disponibles pour étayer cette hypothèse.

Quelle que soit l'étiologie du snapping scapula, la première étape du traitement repose sur des procédures non opératoires. Les thérapies physiques, les médicaments ou les infiltrations améliorent la symptomatologie de la plupart des patients après 6 à 12 mois2, 3. Les procédures chirurgicales sont susceptibles d'être nécessaires en cas de tumeurs ou de masse osseuse et de tissus mous.

Avec des traitements basés sur la rééducation d'une durée de 6 à 16 mois, nous constatons que deux patients ont connu une légère amélioration et qu'un patient n'a signalé aucun changement après 6 mois. Dans tous les cas, aucune aggravation n'a été observée. Ces résultats peuvent indiquer que la procédure conservatrice ne serait efficace qu'en cas de gêne importante.

 

Conclusion

L'approche diagnostique du snapping scapula nécessite des étapes rigoureuses comprenant des examens complémentaires avec des radiographies, un scanner, une IRM ou un électromyogramme pour exclure les causes secondaires dues à des anomalies des muscles, des os ou des tissus mous. Dans nos cas, le snapping scapula était un diagnostic d'exclusion. L'hyperlaxité congénitale et l'hyperlaxité de l'épaule doivent être considérées comme un facteur favorisant en l'absence d'autre cause observée. Le mécanisme n'est pas clair et nous supposons que la dyskinésie scapulaire pourrait être impliquée chez les patients présentant une hyperlaxité.

En cas de syndrome de snapping scapula, nous proposons de tester l'hyperlaxité congénitale selon les critères de Beighton et l'hyperlaxité de l'épaule. De plus, nous suggérons que la rééducation ne dure que 6 mois en cas de gêne importante.

Nos résultats doivent être confirmés par des études d'observation sur la prévalence du snapping scapula et par des études biomécaniques de l'omoplate chez les personnes présentant une hyperlaxité.

Table 1 : Quelques étiologies du snapping scapula

Anomalies osseuses

  • Congénitale ou acquise
  • Exostose
  • Fracture de l'omoplate ou des côtes 
  • Courbe anormale de l'omoplate
  • Dysplasie vertébrale

Anomalies musculaires

  • Anomalie des insertions musculaires (serratus anterior ou subscapularis)
  • Œdème
  • Atrophie
  • Tumeurs

Anomalies des tissus mous

  • Bursite (entre l'omoplate et le thorax)
  • Elastofibrome

 

 

Table 2 : La modification par Beighton du système de notation de Carter et Wilkinson

 

 

R

L

1

Pouvez-vous poser vos mains à plat sur le sol avec vos genoux tendus ?

 

1

 

2

Pouvez-vous plier votre coude vers l'arrière ?

1

 

1

3

Pouvez-vous plier votre genou vers l'arrière ?

1

 

1

4

Pouvez-vous plier votre pouce en arrière sur le devant de votre avant-bras ?

1

 

1

5


Pouvez-vous plier votre petit doigt à 90° (angle droit) sur le dos de votre main ?

1

 

1

 

Total maximum

 

9

 

Chaque manœuvre, donne 1 point jusqu'à un maximum de 9 points

 

Adresse de correspondance

Christophe Pollien
Avenue de la Gare 19
1003 Lausanne 

christophe.pollien@suva.ch
 

a Service médical, Assurance accident Suva
b Service de réadaptation de l'appareil locomoteur, Clinique romande de réadaptation suvacare,
   Sion, Suisse.

Références

  1. Boinet W., Fait clinique,Bulletin de la Societe Imperiale de Chirurgie de Paris ; 1867 ; 8:458 ; 2nd series.
  2. Kuhne M, Boniquit N, Ghodadra N, Romeo AA, Provencher MT. The snapping scapula: diagnosis and treatment. Arthroscopy. 2009 Nov; 25(11):1298-1311.
  3. Lazar MA, Kwon YW, Rokito AS. Snapping Scapula Syndrome, J Bone Joint Surg Am. 2009 Sep; 91(9):2251-623.
  4. Beighton P, Horan F. Orthopaedic aspects of the Ehlers-Danlos syndrome. J Bone Joint Surg Br. 1969; 51: 444-53.
  5. Johnson SM, Robinson CM. Shoulder instability in patients with joint hyperlaxity. J Bone Joint Surg Am. 2010 Jun; 92(6):1545-57.
  6. Chahal J1, Leiter J, McKee MD, Whelan DB., Generalized ligamentous laxity as a predisposing factor for primary traumatic anterior shoulder dislocation., J Shoulder Elbow Surg. 2010 Dec;19(8):1238-42.
  7. F. Balg, P. Boileau, The instability severity index score. A simple preoperative score to select patients for arthroscopic or open shoulder stabilization, J Bone Joint Surg Br, 89 (2007), pp. 1470-1477.
  8. Warner JJ1, Micheli LJ, Arslanian LE, Kennedy J, Kennedy R., Scapulothoracic motion in normal shoulders and shoulders with glenohumeral instability and impingement syndrome. A study using Moiré topographic analysis. Clin Orthop Relat Res. 1992 Dec; (285):191-9.