Laudatio par Luc Mariot, membre du jury Marie-Pierre Genecand, Cédric Garrofé, Guillaume Carel et Xavier Filliez, lauréats Prix Suva des Médias 2018, catégorie Presse

Sept jours sans portable : défi relevé

Autant vous le dire tout net, le sujet d’«Une semaine sans smartphone, récit d’un défi réussi et promesse d’une vie allégée» m’a tout de suite énormément intéressé, professionnellement, mais aussi personnellement. A l’instant où je vous parle, mon smartphone est là, devant moi, tout près, Il est à la fois mon outil de travail et mon doudou et il le sait. Je sais moi que je ne vais pas le consulter pendant un moment, que je vais y arriver, que je ne suis pas du tout dépendant, que ça va bien se passer… du moins, j’espère ! Bref, reprenons: cet article, en fait plutôt cet ensemble de contenus (long format web, articles de journal, journal de bord, contenus sur Facebook, vidéos) m’a vraiment passionné. Il faut dire qu’aujourd’hui, relater une semaine sans smartphone, c’est l’équivalent de rendre compte de la Croisière Jaune, de Beyrouth à Pékin, au début des années 30 ou, mieux, c’est l’aventure de l’Aéropostale, c’est Guillaumet dans les Andes: l’atterrissage d’urgence dans le blizzard entre Santiago et Mendoza, 7 jours de marche terrible et, enfin, le sauvetage miraculeux, à bout de force, au bord d’un ruisseau, à 60 kilomètres de l’avion. Une véritable épopée humaine. Chaque époque a ses aventures.

Ce qui est très bien aussi dans cet article/contenus/vidéos de Marie-Pierre Genecand, Cédric Garrofé, Guillaume Carel et Xavier Filliez pour le Temps, outre sa bienfacture et sa richesse informative, c’est ce joli travail pluri-media dans lequel chaque media garde sa spécificité et son utilité au service du sujet. D’abord une chronique sur des «vraies vacances où l’on sortirait de l’hyper connexion contemporaine», puis un défi via Facebook. 30 candidats en trois heures, de tous âges et toutes professions, et puis, le lendemain, 20 d’entre eux qui abandonnent, terrassés par leur audace irraisonnée, vaincus par la peur. On n’est pas tous fait pour traverser la Cordillère des Andes à genoux. Ensuite, dans l’article, les témoignages des rescapés, fascinants, très divers, où l’on comprend que si l’objet peut être très utile, au point où son absence peut chambouler notre mode de vie et nous obliger à mieux prévoir, à s’organiser, à se renseigner avant, il est aussi parfois lourd à porter et addictif, évidemment.

On touche aussi à la nostalgie d’une vie différente, plus simple et moins connectée, même si, au fond, l’intérieur d’un autobus avant le smartphone, c’était un ensemble de gens qui tiraient la gueule sans se parler, et aujourd’hui c’est un ensemble de gens le nez dans un écran qui ne se parlent pas plus qu’avant, mais passons… Il y a aussi les vidéos, Où l’on peut enfin rencontrer face à face nos héros, ceux qui ont osé traverser ce désert numérique sans faiblir.

L’autre intérêt de cet article/contenus/vidéos (c’était quand même plus simple à dire quand il n’y avait que le journal), c’est sa merveilleuse et poétique incohérence: oser supprimer un outil qui permet justement à la majorité silencieuse, celle qui n’a pas tenté ce sevrage volontaire, de consulter cet article, ces contenus ou ces vidéos, et de lire ce que ça fait de se priver de l’objet et de la possibilité de consulter cet article… C’est beau et un peu vertigineux. Bravo aux auteurs.

Bon, sur ce je vous quitte, je vais retrouver mon smartphone et ma vie, dans cet ordre. Amis nomophobes, c’est-à-dire victimes de la «No Mobile Phone Phobia», belle journée !

Luc Mariot