«Quand on se blesse, on fait défaut à trois équipes»
Adrian Knup a marqué des buts mémorables en Coupe du monde pour la Suisse. Pour que d’autres ne connaissent pas le même sort que lui, il lutte aujourd’hui pour promouvoir à la fois le fair-play et la prévention dans ce sport.
Table des matières
En bref
En 1994, Adrian Knup a marqué deux buts contre la Roumanie lors de la Coupe du monde aux États-Unis. Quatre ans plus tard, alors qu’il n’a que 29 ans, il met fin à sa carrière: trop de fautes, trop de blessures, son corps est à bout.
- Dans les années 1990, le football était plus brutal qu’aujourd’hui, surtout pour les attaquants, qui étaient souvent la cible de fautes et d’intimidation.
- Subissant la pression des résultats et peu sensibilisés à la prévention, beaucoup de joueurs ont dépassé leurs limites physiques.
- Aujourd’hui, le football est plus fair-play et plus sûr.
Sur cette page, découvrez l’histoire d’Adrian Knup et comment il s’engage aujourd’hui pour le fair-play et la prévention sur le gazon.
Lorsqu’un chapitre majeur de l’histoire du football suisse s’écrit ce 22 juin 1994, Adrian Knup est au cœur de l’action. La Nati, qui revient enfin en finale de Coupe du monde après 28 ans, fait de véritables étincelles au Pontiac Silverdome de Detroit face à la Roumanie, largement acclamée et emportée par la star mondiale Gheorghe Hagi. L’équipe de Roy Hodgson gagne à 4 buts à 1. Knup, déjà en lice pour le titre de meilleur buteur suisse, en marque deux de tête. La victoire déchaîne en Suisse un engouement sans précédent pour le ballon rond.
Une fin de carrière précoce malgré le succès
À peine quatre ans plus tard, à l’âge de 29 ans, celui que l’on surnomme «Torminator» pour son taux de buts marqués annonce l’arrêt immédiat de sa carrière, à la surprise générale. Revenu au FC Bâle depuis la Coupe du monde, l’attaquant souffre en permanence de ses blessures: tendon d’Achille, cuisse, aine... «Jouer au niveau professionnel m’a fait payer le prix fort, déclare-t-il aujourd’hui. Je ne pouvais plus répondre aux attentes que je m’imposais moi-même.» Une décision qu’il n’a jamais regrettée. Aujourd’hui âgé de 57 ans, il vit sans aucune douleur et, contrairement à certains de ses anciens coéquipiers, il peut continuer à courir, à jouer au tennis et à skier. Mais il a définitivement raccroché ses crampons.
Performances (sélection)
Adrian Knup s’est particulièrement illustré en Bundesliga allemande:
- Bundesliga (Allemagne): 94 matchs, 31 buts
- DFB Supercup: victoire avec le VfB Stuttgart en 1992
- Ligue nationale A (Suisse): 214 matchs, 62 buts
- Principal succès en club: vainqueur de la Coupe de Suisse en 1992 avec le FC Lucerne et du Championnat de Turquie avec Galatasaray en 1997
- Distinction personnelle: footballeur suisse de l’année en 1991
Duo offensif de choc
Adrian Knup et Stéphane Chapuisat formaient le légendaire duo d’attaquants de l’époque Roy Hodgson.
- Sélections: 48
- Buts: 26
- Temps fort: participation à la Coupe du monde 1994 aux États-Unis, où il marque deux buts lors de la victoire 4 à 1 contre la Roumanie.
Un jeu bruque et sans pitié
Ce n’est pas un hasard si Adrian Knup et d’autres attaquants de son époque, comme la superstar néerlandaise Marco Van Basten, ont dû prendre leur retraite si tôt: le sport était alors nettement plus agressif qu’aujourd’hui, et c’était à ce poste que les joueurs en pâtissaient la plupart du temps. «Souvent, les défenseurs annonçaient la couleur tout de suite après le coup d’envoi, se souvient Adrian Knup. Dès les premières secondes, ils sortaient le grand jeu pour nous intimider: ils nous écrasaient le pied avec leurs crampons, nous donnaient des coups de coude dans le visage, ce genre de choses.»
Puissance dans les duels, jeu dur, volonté de fer
À l’époque d’Adrian Knup, l’Allemagne était l’équipe de référence: championne du monde et d’Europe, plusieurs fois finaliste... Les vertus allemandes – la puissance dans les duels, un jeu dur et une volonté de fer – étaient considérées comme la recette du succès, si bien qu’en Suisse aussi, les entraîneurs venus de chez nos voisins étaient recherchés. En 1992, après deux buts lui permettant de remporter la Coupe de Suisse avec le FC Lucerne, Adrian Knup rejoint le VfB Stuttgart pour accéder à la Bundesliga. «L’intensité était d’un tout autre niveau. De nature, je dois dire que je suis une bonne pâte, mais là-bas, j’ai dû avoir la peau dure pour réussir.»
La douleur, aspect indissociable du sytème
Son entraîneur à Stuttgart, Christoph Daum, avait été clair: «Si tu veux réussir, tu dois savoir encaisser la douleur.» Plus tard, à Karlsruhe, Adrian Knup joue sous la supervision de Winnie Schäfer, qui déclare: «Je n’ai pas besoin de beaux gosses, j’ai besoin de mecs qui se battent.» Rien d’étonnant, donc, à ce qu’aucun joueur ne veuille montrer sa faiblesse dans un tel milieu. «Pour nous, il était hors de question d’aller voir l’entraîneur quand on avait des douleurs physiques. À la rigueur chez le physiothérapeute, s’il avait le temps. On ne savait encore que trop peu de choses sur les conséquences à long terme des blessures. La prévention se limitait aux étirements collectifs lors de l’échauffement.» Nombre de joueurs ont donc dépassé leurs limites au point de surexploiter leur propre corps.
Quand le corps dit stop
C’est en revenant au FC Bâle qu’Adrian Knup ressent nettement les conséquences de tous ces tacles et fautes. Il ne peut pas compter sur la compréhension des autres face à ses absences à répétition liées à ses blessures. Heinz Hermann, entraîneur du FCB, déclarait à l’époque: «J’attends de lui qu’il serre enfin les dents. Il est temps qu’il nous donne ce que nous voulons de lui.» Mais l’attaquant en a eu assez de «serrer les dents». Il écoute son corps et quitte le gazon à tout jamais.
Enfin plus de protection que de brutalité
Adrian Knup apprécie beaucoup l’évolution que le football a connue depuis. «Aujourd’hui, les règles sont appliquées beaucoup plus systématiquement. On met des cartons rouges pour des tacles jambe tendue ou au-dessus de la cheville, des fautes par l’arrière, donc les joueurs sont nettement mieux protégés.» L’ancienne star du ballon rond, qui a travaillé ensuite pour la relève au FC Bâle avant de devenir directeur sportif de l’équipe M21 de l’ASF, a constaté un autre changement: «Les rapports sont plus respectueux sur le terrain. Les matchs sont nettement plus fair-play. Les entraîneurs et entraîneuses aussi misent davantage sur la tactique et le jeu que sur l’agressivité et l’intimidation.» Il est convaincu qu’en montrant l’exemple du fair-play, les pros ont une influence sur les enfants et les amateurs, qui imitent leurs idoles.
Son engagement pour le fair-play et la prévention
Par ailleurs, une importance nettement plus grande est aujourd’hui accordée à la prévention. Un sujet qui tient particulièrement à Adrian Knup: désormais coordinateur sport et prévention à la clinique Merian Iselin de Bâle, en plus de ses tâches, il accompagne les patients et patientes dans leur reprise du sport. En outre, il forme les entraîneurs et entraîneuses de football et les sensibilise à la prévention. «Grâce aux statistiques de la Suva, nous connaissons aujourd’hui les zones à risque: les genoux, les cuisses et les hanches. Nous montrons aux entraîneurs et entraîneuses en herbe des exercices qui permettent de renforcer ces zones en particulier durant l’entraînement.» Par son engagement, Adrian Knup contribue à ce qu’aujourd’hui, moins d’athlètes mettent fin prématurément à leur carrière, mais aussi à réduire le nombre d’absences liées à des blessures. Cet aspect est justement crucial dans le football amateur: «Quand on se blesse, on fait défaut à trois équipes: notre club, notre travail et notre famille.»